Pourquoi l’homme est un "animal rythmique"

17/11/2017

 

Il est partout sans qu'on en ait toujours conscience : le rythme est consubstantiel à la vie, comme le sont les battements du coeur ou le souffle de la respiration. Dès qu'on parle, dès qu'on marche, on adopte un rythme. Il caractérise aussi les sociétés et les cultures.

Philosophes, sociologues, anthropologues, musicologues s’interrogent depuis deux siècles sur les rythmes sociaux, qui, suivant Marcel Mauss, font de l’homme un "animal rythmique". Pourtant, il n’existait pas jusqu’à ce jour d'histoire des rythmes.

Les rythmes entraînent dans leur mouvement la vie tout entière des individus et des sociétés, les comportements quotidiens et les expériences esthétiques, les déplacements dans l’espace aussi bien que l’ordre vécu du temps. Il n’y a pas de vie sans rythme, c’est-à-dire, comme dans un air de jazz ou une toile abstraite de Mondrian, sans une mise en ordre variable de faits qui se répètent en combinant indéfiniment périodicité et rupture.

Le contraste est fort entre notre monde moderne, où les rythmes sont partout, mais observés dans des champs séparés (rythmes scolaires, arythmie cardiaque, tempo musical, croissance économique en dents de scie...) et la civilisation "holiste" de l’Europe médiévale : si la notion de rythme, héritée de l’Antiquité gréco-romaine, paraît ne concerner ici que la musique, la poésie et la danse, elle entre en fait en résonance avec la totalité de la Création, que Dieu aurait façonnée en six jours. 

Concept de rythme, des rythmes du corps et du monde, de ceux du temps, de l’espace, du récit, et les fonctions des rythmes dans le changement social et la marche de l’histoire.

Jean-Claude Schmitt, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, auteur notamment de Les rythmes au Moyen Âge (Gallimard, Bibliothèque illlustrée des histoires, 2016).

Conférence de Jean-Claude SCHMITT enregistrée à l'Ecole Nationale des Chartes en Novembre 2017 : "Une histoire des rythmes : IVe-XXIe siècle".